Article •  19.01.2023

Miser sur le binage, en complément du désherbage classique

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Miser sur le binage, en complément du désherbage classique

Trois outils sont disponibles pour le désherbage mécanique du colza : la herse étrille, la houe rotative et la bineuse. Chacun a ses avantages et ses inconvénients. Le désherbage au semis avec passage d'une bineuse derrière est la combinaison la plus prometteuse. Elle implique cependant une réflexion anticipée de sa conduite culturale, commençant par un écartement de 50 cm entre les rangs de colza.

Dans un reportage, Clément Greff expliquait comment le colza avait retrouvé sa place dans son système grâce au recours au désherbage mécanique. Crédit : Clément Greff.

 

Période d’interventions recommandée pour les outils de désherbage sur colza. Crédit : Terres Inovia

La herse étrille, la houe : oui, mais…

Avec ses dents souples qui passent dans l’inter rang, la herse étrille déracine et recouvre les adventices. L’idéal est d’intervenir, dès le stade 4 feuilles, quand le colza est suffisamment fort et résistant vis-à-vis de l’outil à dents. En revanche, plus les adventices sont développées, moins l’efficacité est au rendez-vous : il faut dans ce cas régler les dents sur des pressions plus élevées. À savoir que la herse étrille gère mieux les dicotylédones que les graminées, plus solidement enracinées.

Autre atout, c’est un outil qui peut avancer assez vite. Autour de 3 km/h aux stades précoces, la vitesse peut atteindre 6 à 8 km/h. Les débits de chantiers peuvent donc être importants d’autant plus avec des largeurs allant jusqu’à 24 mètres.

Cependant, selon Rémi Crouzet, conseiller technique grandes cultures à la chambre d’agriculture d’Ile-de-France, « pour une culture sarclée comme le colza, c’est dommage d’utiliser la herse étrille. C’est une plante fragile aux stades de passage conseillés. La faisabilité technique est plus risquée qu’avec une bineuse. »

La houe rotative, comme la herse étrille, désherbe toute la surface du sol, sans contrainte d’écartement de semis. Les principales limites de cet outil sont un investissement élevé et un créneau d’efficacité étroit : passé le stade de 2-3 feuilles du colza, il est très difficile de détruire les adventices avec cet outil, car elles sont alors généralement trop développées. Pour obtenir la meilleure efficacité, la houe rotative est ainsi préconisée à des stades précoces : du stade de germination à 3 feuilles du colza. Également, le sol doit être suffisamment sec en surface et la météo clémente durant les 3 à 4 jours suivant l'intervention.

La bineuse, une technique dans l’ère du temps

Équipée de socs, la bineuse sectionne les racines des adventices de l’inter rang. « Utiliser cet outil implique d’avoir des écartements de 50 cm entre les rangs, précise Rémi Crouzet, et donc d’avoir réalisé les implantations avec un semoir monograine. C’est une stratégie globale semis / désherbage à mettre en place sur l’exploitation, par rapport à son parc matériel, et donc à anticiper. »

Il est recommandé de positionner un binage à partir de 5/6 feuilles. Avant, il faut être vigilant sur le réglage de la machine. Des disques protège-plants, en créant une barrière pour les feuilles et les racines de la culture, évitent les projections de terre et de graines d’adventices sur le rang.

Côté performances, l’efficacité est très variable : 50 à 100 % sur dicotylédones, idem sur graminées, mais avec davantage de variabilité. Même en cas de résultats moyens, il faut garder en tête que les adventices restantes sont altérées dans leur développement et leur capacité à produire de nouvelles graines.

 

Efficacité des outils sur différentes adventices à des stades jeunes, en conditions pédoclimatiques favorables (source : Terres inovia)

 

Les bineuses travaillent sur 4 à 12 rangs, voire plus, avec une vitesse d’avancement entre 4 et 10 km/h selon le modèle : le débit de chantier se situe autour de 1 à 1,5 ha/h, jusqu’à 6 ha/h.  Des équipements tels que caméra, cellule infrarouge, GPS…peuvent être utilisés pour détecter les rangs de colza et ainsi, augmenter les cadences.

Respecter certaines conditions pour les passages des outils - Que ce soit pour la bineuse ou la herse étrille, il est nécessaire d’intervenir sur un sol bien ressuyé en surface et des adventices jeunes. Il faut s’assurer que les conditions sont séchantes dans les 3 à 4 jours suivant le passage.

Associer binage et herbicides, des stratégies prometteuses

Le désherbage mixte repose sur la combinaison de binage et d’applications herbicides localisées, en prélevée au semis (herbisemis) ou en post levée.

Selon les essais Terres Inovia, la stratégie herbisemis suivi d'un binage offre des pistes intéressantes : réduction de la surface pulvérisée de 2/3, et donc de l’IFT, efficacité satisfaisante sur les flores du colza présentes dans les expérimentations et possibilité d’intervenir en post levée si nécessaire.

Terres Inovia a également testé le désherbage en post-levée localisé couplé au binage (localisé biné) avec des résultats tout aussi intéressants. Réaliser ces deux opérations en même temps, dans les meilleures conditions pour chacune, peut cependant se révéler un véritable défi : hygrométrie élevée pour l’herbicide, temps séchant pour le binage. Il faut s'attendre alors à devoir séparer les deux interventions.

Ces nouvelles techniques sont pertinentes à condition de disposer de créneaux de binage.

« Le recours au binage n’en est qu’à ses balbutiements en Ile-de-France, indique Rémi Crouzet. C’est pourquoi quelques essais ont été mis en place cette année chez des agriculteurs, avec des modalités de binage seul et de désherbage mixte, alternant interventions chimiques et mécaniques. »

Brice Desprez, polyculteur à Richarville (91), est l’un de ceux-là.

« Jusque-là, je traitais en plein les parcelles de colza, avec deux ou trois passages herbicides, et parfois, je passais la bineuse, initialement utilisée pour les betteraves, selon le niveau de salissement et les conditions météo. J’ai acheté un semoir monograine, il y a dix ans, qui me permet d’avoir des inter rangs de 50 cm, et donc de biner, mais la météo n’est pas souvent optimale en septembre-octobre. C’est pourquoi j’ai saisi l’opportunité de tester le désherbinage avec la Chambre régionale d’agriculture. J’ai d’ailleurs investi dans un nouveau semoir avec un kit de localisation du traitement sur le rang au semis que je compte compléter avec un binage dans l’inter rang. L’objectif à long terme est de réduire les IFT sur l’exploitation, tout en optimisant la lutte contre les adventices. »

 

Nota bene : nous vous rappelons que seul un conseiller indépendant est autorisé à vous apporter tout conseil adapté à votre parcelle.

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